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Nous sommes dans les années 1306-1307. Les vins du Haut Pays ont largement contribué à la réussite du grand commerce d’exportation des vins dits de Bordeaux, alors que se met en place le vignoble girondin. Les Bordelais, portiers de l’estuaire se méfient de ces vins de Haut, plus forts, plus colorés et de meilleure garde que ceux de Bordeaux. Ils sont plus appréciés par les clients nordiques que les clarets de Bordeaux, à la qualité souvent contestable. Les vins du Haut Pays contribuent largement au lancement et à la réussite du grand commerce des vins dits de Bordeaux.

Pour éliminer cette concurrence, la Jurade de Bordeaux, forte du pouvoir anglais, confisque l’estuaire qui ouvre vers le large et règle le trafic, dès le XIII° siècle. Les Bordelais mettent en place le « privilège des vins de Bordeaux ». L’article le plus important, pour nous, est celui qui interdit l’arrivée à Bordeaux, avant Noël, des vins du Haut Pays. Les vins du Haut Pays sont ceux récoltés en dehors de la Sénéchaussée de Bordeaux. Notre région en fait donc partie. Les vins sont déchargés et entreposés hors les murs de la ville, dans les chais du faubourg de Chartrons. En plus, sous prétexte de distinguer d’un coup d’œil les barriques de vin de Bordeaux de celles des autres vins, et de faciliter le contrôle du fisc royal, il est interdit pour les autres producteurs de vin de mettre leur vin dans les barriques de jauge bordelais, sous peine de fortes amendes et de confiscation du vin. Bordeaux peut dès le XIII° siècle s’assurer le prix de vente maximum de sa récolte, avec le soutien des Anglais.

Les populations vivant dans les autres zones sont fort mécontentes. En plus de cela, c’est sur leurs terres que se déroulent des opérations de la Guerre de Cent Ans. Une conséquence est la création du parti des Armagnacs. Il s’agit de faire partir les Anglais de France. De nombreux chevaliers gascons comme Pothon de Xaintrailles, La Hire se rallient à l’armée de Charles VII sous la bannière de Jeanne d’Arc. Ils combattent jusqu’à la récupération de la Guyenne en 1453. Pendant ce temps, la position des Bordelais manque de clarté. Ils veulent jusqu’à la bataille de Castillon rester Anglais. Les Britanniques sont de bons clients. La difficile réintégration de la Guyenne et de la Gascogne commence sous Charles VII qui ferme le port aux Anglais, devient plus libéral, rétablit les privilèges. Louis XI, son fils, s’attache à rétablir le commerce bordelais. L’on revoit dans le port les bateaux anglais et ceux de la Ligue hanséatique de l’Europe du Nord.

Dans notre arrière-pays, la désertion des campagnes est provoquée par les sanglants épisodes de la guerre de Cent Ans On voit alors arriver des immigrants des provinces de l’Ouest et du Nord, appelés les « Gavachs ». On cherche bien à tourner les règlements en transportant jusqu’à Bordeaux des cargaisons de raisins qui y étaient vinifiées. Pratique qui a été conservée jusqu’à la fin du XIX° siècle. Les privilèges de la Sénéchaussée de Bordeaux sont maintenus jusqu’à la Révolution de 1789. Turgot, ministre de Louis XVI, pousse le roi à abolir les privilèges des vins. Mais le roi trop faible sacrifie son ministre. Bordeaux récupère son monopole. En 1863, les premières attaques du phylloxéra apparaissent en France. Les ravages du puceron, en 20 ans sont effrayants. De 1876 à 1887, le vignoble subit d’importants ravages. Des expérimentations sont pratiquées. Les vignerons sont soutenus par le Comité central de lutte contre le phylloxéra. À sa tête, l’on a Prosper de Lafitte, Gascon d’Astaffort et propriétaire de vignobles dans la région du Brulhois. Il tente d’arrêter la maladie en badigeonnant les pieds de vigne avec de l’asphalte. Il fait venir et plante des ceps exotiques. Il en plante dans les jardins de l’École Normale, dans les jardins de la Préfecture, les cours de gares. Les porte-greffes américains s’adaptent bien au sol. Le vignoble reprend son activité. Il affronte la maladie du péronospéra, du blackrot. À force de lutte, d’expériences, et de traitement à la bouillie bordelaise, les vignobles survivent. Notre région est le prolongement de l’Entre-deux-Mers. Nos vins n’ont rien à lui envier en ce qui concerne la qualité. Mais ils n’ont pas l’appellation des vins de Bordeaux, ce qui commercialement parlant est depuis toujours un handicap.Le 5 août 1908, l’Administration demande la délimitation des zones d’appellation pour éviter les fraudes. En Bordelais, une commission se réunit sous la présidence du préfet. Les délégués de Lot-et-Garonne et de Dordogne demandent que leurs zones soient rattachées à la zone des vins de Bordeaux. Les Girondins refusent. Une sous-commission composée uniquement de Bordelais est mise en place pour trancher la question. Elle confirme le refus. Les Lot-et-Garonnais mécontents comptent sur le Président de la République. Armand Fallières, propriétaire des vignes du Loupillon, obtient du Conseil d’État que des communes de Dordogne et du Lot-et-Garonne soient partie intégrante des vins de Bordeaux. Les Bordelais refusent cette décision et se regroupent. Le Gouvernement recule. Le Conseil Général fait faire inutilement un solide dossier pour soutenir le département. Le 30 juin 1911, le Ministre de l’Agriculture dépose une loi qui précise les limites géographiques des zones. Les vins de Lot-et-Garonne ne seront pas des vins de Bordeaux.

Merci à différents historiens et chercheurs qui se reconnaîtront.

Lundi, 01 Décembre 2008 08:14
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