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QUAND LA BAÏSE DÉBORDE

La civilisation a fait à peu près disparaître ou du moins bien atténué les famines, les épidémies, les pestes noires, les fièvres que l'on peut voir évoquer dans les annales du Moyen-Âge. Seul, le fléau des inondations nous est resté comme un legs du vieux passé. Selon un auteur, J. Serret, c'est Grégoire de Tours qui commence les récits dramatiques.

En octobre 580, notre pays fut accablé d'un tel déluge d'eau que la pluie ne cessa de tomber pendant 12 jours. Un tremblement de terre aggrava les dommages, des blocs se détachèrent des Pyrénées, écrasant hommes et bêtes. On ne parle d'inondations que quand elles jouent un rôle dans les événements historiques.

En 732, les restes de l'armée des Sarrazins battus à Poitiers par Charles Martel furent engloutis par les eaux au moment où ils voulaient passer, la Garonne vers le sud de l'Aquitaine. Au XII° siècle, Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine, fait élever des digues. Les serfs qui travaillent à cette tâche dont exemptés de droits seigneuriaux. Louis XI et même Louis XIV prennent la même décision.

En 1212, Simon de Montfort vient de gagner la bataille de Muret contre les Cathares et leurs alliés. Les vaincus profitent du débordement des rivières pour lui échapper. Le record restera longtemps tenu par le mois d'octobre 1435. La Garonne monte à Agen, à 12,5 m, passant par-dessus les remparts.

Les bateaux naviguent alors au niveau de l'hôtel Hutot de Latour… Les bateaux passent par-dessus les murs de la ville. En 1604, la campagne souffre terriblement. C'est alors que pour la 1° fois, l'administration intervient. Henri IV exige de Sully et de son Conseil qu'ils accordent des dégrèvements de taille (la taille est un impôt). Inondations. ponts détruits sur la Baïse…

En 1712, le 11 juin, la montée des eaux est très rapide, la foire du Gravier est détruite. L'on compte approximativement 1100 morts. Les dégâts matériels sont sévères. C'est lou Grant Aygat de la Saint Barnabé. EN 1770, c'est « lou grant aygat des Rameaux. Des ponts sont détruits. À Lavardac, deux arches du pont, en plein cintre sont emportées par la furie des flots. EN 1792, les pluies débutent dès les premiers jours de janvier. Se conjuguent la pluie, l'inondation, les infiltrations, les éboulements. En 1835, le 1°juin, nous avons des inondations. La foire du Gravier en pâtit, ainsi qu'un cirque qui venait de s'installer. En 1855, le 4  juin, nouvelle inondation et de nombreuses maisons détruites.

1856, 3 crues  le 12 mai, le 1° juin et le 16 juin. Les pertessont plus sévères que l'année précédente.

Les 23 et 24 juin 1875, c'est longtemps la crue de référence. La Garonne en furie s'attaque d'abord à Toulouse et au quartier St Cyprien. Là, était un quartier commerçant. Il est rasé. 10 000 personnes sont sans abri, plusieurs centaines de victimes. Tout l'aval, dont Lavardac, connaît de graves « dévastations ».

En 1879, le 18  février, la crue ne laisse pas de souvenir marquant dans les mémoires. L'on peut d'en féliciter…

CHANGEONS DE SIÈCLE

En 1930, début mars, une crue commence ; le Tarn monte, la Garonne suit, ainsi que tout le bassin fluvial. Le cataclysme tue, détruit, en particulier les maisons bâties de briques crues À l'aval, le sinistre s'étend. Agen est complètement encerclé. Seuls, émergent les quartiers des Jacobins et de la Préfecture. Le boulevard de la République, voie commerciale essentielle, est envahi par les eaux. Cette crue meurtrière est « couverte  par les médias de» l'époque. Les journaux présentent à leurs lecteurs horrifiés des articles accompagnés de photos. De petits films témoignent encore du désastre. La Compagnie des Chemins de Fer du Midi met en service des tronçons de voies ferrées à sens unique, en particulier celle de Condom à Port-Sainte-Marie, par Lavardac. Cette ligne permet aux curieux d'approcher les lieux inondés, à vitesse réduite. Les voyageurs, venus de l'Albret, ne viennent que pour regarder du jamais vu. Au moment du retour, voyant les dangereuses épaves que charrie la Garonne… ils préfèrent camper dans la gare, en attendant que les eaux baissent. Ce qui n'est pas immédiat… En 1952, le 1° février, l'on voit à nouveau s'élever les bâtards d'eau pour protéger les parties basses des maisons. La terre arable est enlevée sur plusieurs décimètres d'épaisseurs, Les arbres sont arrachés. Les récoltes sont emportées. Mais là où les eaux se calment, s'étalent, on sait que l'on retrouvera des dépôts d'un limon fertile, où pousseront bien les futures récoltes.

En 1977, les 6, 7 et 8 juillet, les circonstances météorologiques sont imprévisibles, imparables. C'est un déluge soudain et ininterrompu durant, par endroits, 17  heures. Ce type de manifestation ne peut être que subi. On ne peut alerter l'administration et les populations pour qu'elles s'organisent. Elles ne peuvent qu'être surprises. Le 15 décembre 1981, les pluies contrairement à celles de 1930 et 1952, tombent sur les 2 versants, sur l'ensemble du bassin du fleuve Garonne. L'évacuation des eaux fluviales est gênée par les marées du solstice. Les brèches dans les digues aggravent le phénomène. Alerte du 10 novembre 1982. Un mois de janvier très arrosé, les pluies tombent sans discontinuer durant près de 48 heures sur le sud-ouest, et ce sont des crues généralisées pour la plupart des cours d'eau des bassins de la Garonne et de l'Adour.

2013 : on évacue, pour les mettre à l'abri, certaines machines utilisées dans l'usine HPK, dans le quartier du confluent Baïse - Gélise de Pont de Bordes. Quand la Baïse déborde, les riverains vident les caves, montent les meubles à l'étage, ainsi que les grands-parents. On « râle », on résiste, puis on attaque : on construit des murets, des bâtards d'eau, devant les entrées, pour ne pas que l'eau pénètre. Parfois, elle ressurgit par les joints des carrelages, là où on ne l'attendait pas. La communauté se retrouve et apporte son aide, d'abord les pompiers arrivent, puis la sirène retentit dans la nuit, alors que l'on n'entend plus le bruit du barrage. Plus tard viendront Orsec, portables… Les plus âgés se rappellent la crue de 1952. Elles n'impressionnent plus beaucoup les habitants. Dans ce coin de l'Albret, elles font parler, mais n'entraînent plus beaucoup de catastrophes. La marque des crues gravée sur les murs, ou peinte, s'est plus ou moins effacée, Elle rappelle les peurs de nos anciens, face aux effrayants débordements. Ce serrement de cœur renaît vite quand Baïse affleure un peu les quais. On va alors interroger les nouvelles technologies, l'administration, ou l'expérience des anciens… On peut arrêter le feu ; on n'arrête pas l'eau…

Remerciements, pour sa documentation, à M. Vital pour son livre, « Requiem pour une Garonne défunte » édité en 1984 par les Éditions Wallada, de Bordeaux. Merci aussi à M. Gauteron, Maire de Lavardac, pour la précision de sa documentation et de ses souvenirs. Le représentant du Syndicat Mixte du Pays d'Albret, M. Birkly, a aimablement apporté sa collaboration à ce travail.

Par Janine Sestacq

Lundi, 24 Février 2014 14:44
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