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MOULIN DE LAVARDAC PDF Imprimer Envoyer

Le moulin de Lavardac du XIIIe siècle est installé sur la rive droite de la Baïse, en dehors de la bastide de Lavardac. Il est construit au débouché du pont. Le pont de Lavardac était, au Moyen-Âge, surmonté de trois tours qui servaient d’emblème aux armes de la ville. Ce dernier point a fait l’objet de questions sur l’origine du blason du lieu.

Le barrage de l’écluse est bâti après le confluent de la Gélise et de la Baïse, à Pont de Bordes. Le travail du blé mettait en activité 3 puis 5 paires de meules. Il permettait la fabrication de minot étuvé.

Les propriétaires successifs du moulin de Lavardac ont vu la propriété du domaine du moulin divisée de façon inégale : les plus puissants, les plus riches, les Albrets, ou l’État, possédait les 7 dixièmes. Les autres, soit individuellement ou à plusieurs, géraient les 3 dixièmes restants.

C’est à la Tour de Londres (manuscrit de Wofeneuttel) que se trouvent les documents parlant de la création du moulin.

En 1251, Amanieu V, sire d’Albret, possédait les 7/10e du moulin. Les 3/10e revenaient à Arnaldus Lupus, seigneur de Lavardac.

Le 1er mai 1278, Assaldine d’Albret, petite-fille d’Amanieus V, épouse Centulle III, comte d’Astarac. Elle lui apporte en dot, entre autres fiefs, les 3/10e du moulin de Lavardac.

Le 3 juin 1306, son fils, Bernard d’Astarac rétrocède à son oncle Amanieu VII les biens hérités de sa mère, dont les 7/10e du moulin.

En 1315, la dame de Lavardac, Jheanne de Bourdeaux, doit rendre foi et hommage à Édouard III, roi d’Angleterre, souverain dominant en Albret.

En 1524, un litige s’élève entre le roi Henri II de Navarre et damoiselle Anne, dame de Lavardac. Des problèmes de rentes et de fermage, et surtout des questions de réparations urgentes se posent, après cinq inondations terribles et successives.

En 1555, le litige prend fin, après l’avènement d’Antoine de Bourbon, mari de Jehanne d’Albret

Le 23 juin 1557, Jean Preyssat, jurât de Lavardac, est fermier emphytéotique du moulin. Il se rend acquéreur des 3/10e, laissés par les héritiers d’Anne de Lavardac.

Le 20 mars 1651, Louis XIV échange par contrat avec le duc de Bouillon les biens du duché-pairie d’Albret et le duché-pairie de Durance, contre les principautés de Sedan et de Beaucourt.

Le 7 mars 1701, la transmission de la propriété des 3/10e du moulin se fait sur la tête du sieur François de la Brunetière, bourgeois et consul de Lavardac, arrière-petit-fils de Jean Preyssat, procureur d’Henri III de Navarre.

Le 22 juin 1751, Antoine Monthus est marié à la petite-fille de Jean Preyssat. La quittance concernant le capital, soit celle des 7/10e, est passée au nom de Haute et Puissante Dame Jehanne de Xaintrailles, veuve de Haut et Puissant Seigneur Armand de Lusignan.

De 1751 à la Révolution de 1789, et longtemps après, la famille Monthus jouit paisiblement de la possession non interrompue du moulin de Lavardac. Elle rajoute une paire de meules aux 3 paires qui existaient, en conservant la même hauteur d’eau des radiers sur les coursiers.

La famille exhausse successivement les bâtiments de 3 étages. L’on y loge les appareils de nettoyage, de bluterie, et une étuve pour la fabrication des minots destinés à l’exportation.

Dès le XVIIIe siècle, en plus du rainurage des meules, une autre amélioration avait été apportée, c’était le nettoyage du blé par le meunier. Celui-ci réalisait ce nettoyage préalable, soit avec un tamis à main (crible), soit avec un tarare, de façon à éliminer les poussières, les graines étrangères et les petits cailloux qui jusque-là, étaient broyés avec le grain et donc inclus dans la farine. À la fin du XIXe siècle, ce nettoyage se fait plus soigné et évolue vers la solution actuelle. De nos jours, le nettoyage se fait par passage dans différents cribles dont chacun a une spécificité particulière. Le blé est ensuite humidifié à un taux convenable pour que l’enveloppe ne soit pas trop friable et ne se pulvérise pas. Il est enfin brossé pour enlever les dernières particules de poussière.

Après 1789, le dernier Duc de Bouillon n’émigre pas. Mais le domaine d’Albret est séquestré par la Nation.

Après des complications, à l’époque de la Révolution, du Consulat, dont nous passons les détails, le décret impérial de Napoléon Ier du 3 juillet 1807 décide que le duché d’Albret sera réuni à l’État. Cette mesure laisse deviner la multitude de controverses dans les gouvernements qui se sont succédé.

Le Prince de la Tour d’Auvergne, dernier Duc d’Albret, réside en France quand le démembrement et l’aliénation de son domaine commencent à l’initiative du Directoire.

Le 3 juillet 1807, le duché d’Albret est réuni au domaine de l’État.

Un peu plus tôt, en 1791, un expert du Directoire, Raymond Dubédat, est responsable du moulin de Lavardac dont les 7/10e sont biens domaniaux.

Les 3/10e, dont le logement du meunier, appartiennent au sieur Monthus, meunier de l’époque.

Le sieur Monthus souhaite acquérir les 7/10e qui sont biens domaniaux. Les candidats à l'achat sont nombreux.

Jean-Baptiste Darribère, Pierre Gimet, négociants et, bien sûr, Monthus. Ces faits sont antérieurs à la proclamation de la République.

M. François Monthus hérite de la moitié du moulin à la mort de son père, Henri Monthus, cadet et achète l’autre moitié à Mademoiselle Pérribère. Il aliène le moulin. Apparaissent des noms comme : MM. Alfred et Étienne Coumeau.

En 1844, les députés de Lot-et-Garonne, MM. Dumont et Duthil obtiennent l’exhaussement du barrage de Lavardac et le relèvement du tirant d’eau, à la demande des compagnies de navigation de la Baïse dont le centre d’activité a toujours été Lavardac.

Le meunier de Lassérens craint que les coursiers de son moulin soient engorgés. Ce n’est pas le cas.

MM. Pérez, Gage et Ader, banquiers associés en nom collectif à Auch, se rendent adjudicataires du moulin. Ils revendent le moulin le 29 mars 1881 avec toutes ses dépendances à Edmond Caupenne, de Pont de Bordes.

Résumons la suite compliquée de l'histoire du moulin de Lavardac.

Après des achats successifs par les riches bourgeois commerçants de Lavardac, en 1930, les Établissements Defontaine s’en rendent acquéreurs.

Auparavant, l’on peut retrouver, parmi les acheteurs successifs du Moulin de Lavardac, les familles de riches négociants de l’Albret et surtout de Lavardac, de Barbaste, de Nérac : les Latouche, Manciet, Cambours, Lasmolle, Dupouy, de la Faye de Guerre, Barrère, Caupenne, Bayle.

La vie à Lavardac présente des moments étonnants : les mauvais résultats, lors d'élections à Lavardac, de M, Defontaine, mettent ce personnage important dans une grande fureur : il décide de couper l'électricité dont il vendait une partie de la production, à la population. Le résultat ne se fait pas attendre. La Municipalité, furieuse, porte plainte devant cette décision. L'on va devant le tribunal. Les Lavardacais gagnent le procès, et retrouvent l'alimentation électrique qu'ils avaient appris à apprécier.

Les activités du moulin changent. Il devient producteur d’électricité. Le débit de la Baïse est alors exploité d’autre manière. Les moulins changent, les propriétaires aussi.

En 1946, la Société Hydroélectrique des Basses Pyrénées en est propriétaire. Cette société est nationalisée, comme toutes les compagnies indépendantes qui fournissent de l'énergie. L'État l'appelle plutôt EDF.

En 1991, Électricité de France cède, à un Gérant de Société, le Moulin. EDF considère que l'entretien du moulin revient trop cher. C'est l'époque du nucléaire. La commune vend donc le moulin à des particuliers ou à des sociétés, C'est la privatisation, avec la mécanisation de la production, plus rentable.

À Lavardac, le bien vendu comprend, avec le matériel de production d’électricité non en état de marche, les droits d’eau qui y sont attachés et le terrain situé l’autre côté du chemin.

Il est évident que l’histoire du moulin de Lavardac est intimement liée à l’histoire des voies d’eau de l’Aquitaine. Les voies de terre se conjuguent avec les cours d’eau pour faire de cette région d’Albret une zone essentielle du commerce local, régional et même international par Bordeaux.

Le moulin de Lavardac a joué un rôle économique et historique important, comme le prouvent les études récentes faites à la Faculté de Bordeaux III relatives à l’histoire des Albret, aux seigneuries locales, à la riche bourgeoisie de Lavardac.

Actuellement, la silhouette du moulin de Lavardac évoque, dans sa tristesse, les années d’activité écoulées. Dévoré par le temps, il fait irrésistiblement penser à cet autre moulin, à vent celui-là, celui de Maître Cornille. Alphonse Daudet en parle si bien dans Ç Les Lettres de mon moulin ÈÉ Le progrès a fait disparaître son activité. Reste le moulin, sur la colline de Fontvieille, en Provence.

Souhaitons que notre moulin connaisse un meilleur sort, lui qui mérite une place mieux valorisée, dans notre patrimoine local.

Mardi, 05 Novembre 2013 15:20
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