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CE LIÈGE SI CHER À NOS COEURS PDF Imprimer Envoyer

On sent une réelle nostalgie dans les yeux des Lavardacais quand on prononce les mots « chêne-liège » et « liège ». Les activités traditionnelles qui sont liées à ces mots, et subsistent encore, ont marqué leurs mémoires.

Le liège fait partie de notre culture et de notre histoire.

On sait que le chêne appartient à la culture celtique. Il en existe plusieurs variétés. Parmi celles-ci, existe, dans le Bassin méditerranéen, une espèce appelée le chêne-liège. Cet arbre est apparu il y a 60 millions d’années. L’utilisation du liège est très ancienne. Les Egyptiens s’en servaient pour faire les bouchons des amphores. La Grèce antique en faisait des bouchons pour la pêche. Les Romains l’exploitaient déjà pour isoler les habitations et fabriquer des chaussures d’hiver pour femmes.

En Albret, on pense que les moines bénédictins venus de Catalogne en ont introduit l’exploitation. En 1903, on constate que le véritable chêne-liège pousse autour de la Méditerranée et qu’une autre variété se plait sur les bords de l’Océan. Ce dernier résiste mieux au froid. Sa longévité varie de 150 à 200 ans Il atteint parfois 300 ans. Il possède une grande capacité de régénération. Son écorce, légère, presque imperméable, mauvaise conductrice de la chaleur et du son se présente avec de profondes crevasses qui peuvent atteindre 2 à 3 cm d’épaisseur. C’est du tissu mort qui forme le revêtement protecteur de l’arbre. Pour l’industrie, l’épaisseur se situe entre 3,5 et 6 cm. C’est le suber. Formé à 89% d’azote, et de lenticelles, sortes de canaux qui régularisent les  échanges gazeux entre tissus de l’arbre et monde extérieur.

En Aquitaine, les zones plantées de chênes-lièges sont appelées surèdes. Le chêne-liège est appelé le surier, la sure désignant le gland. Les zones de forêts de chênes-lièges se situent en Albret, dans le Mézinais, autour de Réaup, Nérac, Barbaste et Lavardac. Les surèdes se trouvent dans les sables. Le dixième restant pousse sur des terrains silico-argileux rougis par l’oxyde de fer. L’exposition au soleil est importante. L’arbre provient de semis. Au bout de 25 ans, le tronc arrive à mâturité, avec un diamètre de 0,70 cm à 1 mètre. La 1° peau est dite « canon », ou liège mâle presque sans valeur. Cette dépouille se classe dans le rebut, 2° variété de liège. Elle sert de combustible pour la préparation du liège marchand. Elle sert aussi pour la fabrication d’agglomérés de liège. Le liège dit femelle, au bout de 20 à 30 ans, et beaucoup de soins, peut être classé dans le liège marchand. Il correspond à la 1° qualité. L’on enlève l’écorce par des incisions : c’est le démasclage, fait avec le picasson. Dès que les écorces sont ramassées¸ on égalise les surfaces extérieures, on les aplatit sur une presse, on les entasse sur l’aire. Là, on forme le marc : tas régulier de planches de liège.

 

La préparation du liège :

Il faut d’abord une période de 2 à 3 mois de repos : le liège devient plus élastique et plus compact. Puis on le fait bouillir une heure : c’est le bouillage : il s’assouplit et se débarrasse de ses impuretés. Parfois, on le soumet à la vapeur et on le met au frais pour le laisser « ressuer ». Une surface plane et rectangulaire est obtenue. Cela permet le découpage de bandes égales avec une machine à couteaux circulaires. C’est une autre machine, la tubeuse, qui permet la fabrication des bouchons, à l’emporte-pièce avec une opération qui s’appelle le « tubage ».

A l’origine, les bouchons se font au couteau. On procède au lavage à l’eau claire, à un bain dans de l’eau additionnée de produits chimiques, et on finit par le séchage. Sur un tapis roulant, on procède au triage et à la sélection. On classe les bouchons suivant les qualités. On les met dans des sacs et on expédie.

 

Exploitation du liège.

Les actes écrits montrent que l’exploitation des forêts de chênes-lièges et le commerce du liège existaient avant Louis XIV.

Le liège est vendu à l’état brut ou bien transformé en planches de liège, ou en bouchons.

Il est produit alors, dans l’Albret, beaucoup plus de liège qu’il n’en est utilisé pour faire des bouchons.

La plus grande partie est expédiée vers Bordeaux pour la transformation. Le liège de l’Albret est utilisé pour les vins de Bordeaux, mais aussi pour le vin de Bourgogne et le champagne, en passant par Paris. En 1811, pas moins de 600 bateaux ont acheminé 3 à 400 millions de bouchons au départ de Bordeaux. Le liège est vendu en planches, utilisé par la construction navale, en Europe du Nord pour isoler les appartements de l’humidité et autres utilisations. La bouchonnerie évolue vers une forme d’industrialisation. Le petit artisanat traite encore 80% de l’activité, en périodes de crises, et elles sont nombreuses au XIX° siècle, entre guerres et blocus commercial de 1807 à 1810. Les fabriques sont concurrencées par celles édifiées aux frontières de l’Espagne, de la Catalogne. Le bouchon espagnol de moins bonne qualité que celui de l’Albret. On le fait passer pour des bouchons français. Il est exporté à un prix plus bas. Les prix s’effondrent. Le marasme économique correspond à l’impossibilité de circuler librement sur les mers. Le nombre de bateaux au départ de Bordeaux est diminué du tiers, la production de liège de moitié.

Le froid frappe en 1830, et la forêt disparaît par endroits. Les importations de liège espagnol s’accentuent, ainsi que celles du Portugal. La production locale ne suffit plus. La colonisation de l’Algérie, vers 1860, a pour conséquence l’importation massive de liège. La production baisse en Albret. La chute semble inexorable. La fabrication subit un nouvel élan. Pour Mézin, Lavardac, Barbaste et Xaintrailles, il existe 41 fabriques employant 580 personnes. Après quelques reculs liés à la guerre des Indes en 1857, et la guerre de Sécession aux USA, les chiffres évoluent peu jusqu’en 1884.

Le siècle d’or pour l’industrie du liège est bien de 1830 à 1930.

 

Tableau de l’évolution du travail du liège pour Mézin, Lavardac, Barbaste, et le confluent de la Baïse et de la Gélise :

An IX

 

100 ouvriers environ

 

1835

70 fabriques

700 ouvriers

 

1858

 

Plus de 1000 ouvriers

 

1859

 

1120 ouvriers

 

1862

 

1000 ouvriers

 

1864

84 fabriques

Près de 1100 ouvriers

 

1870

59 fabriques

1000 ouvriers

 

1874

86 fabriques

1068 ouvriers

 

1876

81 ateliers

1202 ouvriers

 

1884

53 ateliers

1335 ouvriers

 

1913

70 fabriques

2500 ouvriers

1 milliard de bouchons produits

1917

 

450 ouvriers

 

1919

 

1000 ouvriers

 

1924

 

450 ouvriers

 

1945

 

1000 ouvriers

 

 

En 1884, on remarque qu’il y a autant d’hommes que de femmes qui travaillent dans les ateliers, et même 54 enfants. Depuis toujours, le liège est travaillé à domicile par une main d’œuvre peu qualifiée, parallèlement aux ateliers artisanaux. La première évolution a été la mécanisation. Entre 1825 et 1872, elle se limite à l’emploi de chaudières.

En 1872, l’emploi de la machine rabot triple le rendement et baisse le prix de revient du rendement. Puis des machines à couteaux circulaires préparent l’activité de la « tubeuse ». Cette machine fait les bouchons à l’emporte-pièce. Peu après, on met au point une tourneuse qui fait des bouchons coniques.

Dès lors, et à partir de 1880, des fabriques naissent, bien équipées. Elles s’ajoutent à celles existant déjà, dont l’usine André David à Lavardac. Ces entreprises absorbent les ateliers familiaux. Elles font disparaître les entreprises artisanales. Une nouvelle méthode de travail va assurer au département une place prépondérante.

Les déchets peuvent être utilisés. On les mêle à des liants chauffés, pressés, les granules obtenus servent à fabriquer des agglomérés souples et durs.

Les applications sont nombreuses, dans les domaines thermique, acoustique, frigorifique, etc. Les composants sont expédiés, en Amérique latine. Ils servent à la fabrication d’agglomérés et de linoléums. En 1906, l’usine Lasserens est créée à Lavardac. Elle produit 2400 tonnes d’agglomérés avant 1914.

En 1969, la production d’agglomérés est 6 fois supérieure à celle du liège traditionnel.

 

Les causes du déclin de l’exploitation du liège sont liées à des facteurs liés à la nature et à des facteurs humains.

Le ver et ses veines dans le liège, les chenilles du « bombyx dispar » qui dévorent les feuilles, devenues difficiles à dépouiller, épuisent les chênes-lièges. Cet insecte fait des ravages dans le Néracais. Le surier est souvent étouffé par les autres arbres et arbustes, comme les acacias, les genêts, les ajoncs, Les pins et leurs aiguilles le gênent par leur ombre. Les lieux humides ne lui conviennent pas. Le froid est son pire ennemi.

 

Déjà en 1892, la culture du chêne liège est en déclin. Le mauvais entretien des surèdes, un liège trop mince, mal adapté aux nouvelles machines, une pousse trop lente, des soins trop contraignants, la concurrence des lièges de Catalogne, expliquent cette baisse. Les revenus des pins et leur résine sont plus intéressants financièrement. Il faut y ajouter, dans les surèdes mal entretenus, les incendies qui sont difficilement combattus, comme à Pompiey, Fargues, Xaintrailles.

On commence à travailler l’acacia pour l’exploitation des arbres fruitiers. Les céréales se développent à leur place, sous l’influence d’immigrants italiens. L’exploitation des bois, pour du bois de feu, se développe, pour un profit plus immédiat. Autre problème ; dans les bois, la libre parcours du bétail. L’abattage intensif est remplacé par des cultures plus rentables. Apparaissent d’autres essences tel l’eucalyptus. La question du démasclage entraîne le problème de la main d’œuvre venue d’Afrique du Nord, non formée, pour démascler le chêne-liège.La forêt est en péril. Le déclin est inexorable.

 

Nombre d’empois de l’industrie bouchonnière durant les dernières années

1953

600 emplois

1968

368 emplois

1979

400 emplois

1985

130 emplois environ

2009

100 emplois environ

 

Dans les années 1960, l’usine HPK fournit à l’industrie automobile des joints en liège de carters d’huile, des cache-culbuteurs.

En 1962 et en 1963, les joints sont acheminés vers les usines Renault, dans la région parisienne, à raison de 2 semi-remorques par mois, par les transports Marc Oudry de Barbaste. Les entreprises sont actuellement au nombre d’une dizaine dont 3 à Lavardac : SOGELI, Barrère et Fils, et la société HPK. 4 se trouvent à Barbaste, 2 à Mézin, 1 à Agen, 1 à Marmande.

Il existe encore une industrie bouchonnière, modeste et diversifiée, qui maintient la production des bouchons et celle des agglomérés. L’une des plus importantes, HPK, s’est orientée vers les marchés de haute technologie et particulièrement le spatial, l’aéronautique, et la défense. Le développement durable l’intéresse car le liège est un bon isolant. Espérons que l’industrie de transformation de la matière noble qu’est le liège saura continuer à s’adapter aux exigences du XXI° siècle.

Et actuellement, l’on peut encore rencontrer, lors de promenades dans les forêts voisines, les silhouettes torturées des chênes-lièges. Au même titre que les cèpes et les palombes, ils font partie de notre patrimoine local.

Vendredi, 17 Mai 2013 08:05
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