Accueil Historique IL A OSÉ ! LUCIEN PERAIRE, ENFANT DE LAVARDAC, VOYAGEUR ESPERANTISTE.
IL A OSÉ ! LUCIEN PERAIRE, ENFANT DE LAVARDAC, VOYAGEUR ESPERANTISTE. PDF Imprimer Envoyer

     Les registres de la Mairie de Lavardac nous précisent que Pierre Auguste Lucien Peraire est né en 1906, le vingt sept avril, à 10 heures du matin. Il est un des jumeaux, né le second, d’une naissance gémellaire qu’une sage-femme a déclarée à la Mairie,  alors que sa sœur, Madeleine, est née la première. Les parents sont Peraire Estevan Francisco Ventuta, laboureur âgé de 43 ans, journalier, momentanément absent de la commune de Lavardac, et son épouse Romero Maria Lucia, bouchonnière âgée de 33 ans. Ils résident à Lavardac.

Péraire est né d’une famille très modeste, sans doute originaire d’Espagne.

     Il fréquente l’école de Lavardac qu’il quitte à 11 ans pour travailler. Au cours de ses périodes d’apprentissage, il apprend la sténographie. Apprenti chez un réparateur de bicyclettes, il apprend à réparer les vélos et même à fabriquer le sien. Chez un charpentier, il apprend des bases de calcul et de dessin.

C’est dans le cadre de la 1° Guerre mondiale qu’il grandit.

     Doué d’une forte intelligence, il commence à penser que si on veut éviter les guerres, il faut être tolérant et pratiquer la tolérance. La tolérance passe par la communication et les échanges entre individus. Il apprend l’espéranto par correspondance. Nous n’avons pas de précisions sur cette démarche.

En 1927, il participe au 7°congrès de l’association espérantiste SAT (Association mondiale anationale).

Que savons-nous de l’espéranto et de son créateur ?

     Le docteur Zamenhof, né le 15 décembre 1829, est le créateur de l’espéranto. Il est surnommé « doktor Esperanto », le docteur qui espère.

     Originaire de Pologne, il est décédé le 14 avril 1907.

     Avec sa femme Klara, ils ont 3 enfants qui sont assassinés lors de l’Holocauste. Pour Hitler, L’espéranto est la « langue de la conspiration juive ». La Gestapo reçoit l’ordre de « prendre soin » de la famille Zamenhof. Le fils est abattu dans un camp, en janvier 1940. Les deux filles meurent dans le camp d’extermination de Treblinka, en 1942.

     Zamenhof a toujours pris en compte l’aspect humain des choses. Il s’est battu avec une inébranlable force morale pour que tous les peuples retrouvent leur dignité et qu’ils puissent dialoguer, arriver à une meilleure communication internationale. ». C’est bien cette idée qui séduit Peraire. Il aura vécu tout au long de ses voyages, de riches échanges qui n’auraient pas été possibles avec la barrière des langues.

     Pour certains, l’espéranto était un projet linguistique, mais la masse ne suit pas cette voie.

     Les discours et les écrits de Zamenhof ont été recensés par un Japonais espérantiste, Itô Kansi soit 19 volumes, soit plus de 20 000 pages.

    Umberto Ecco a déclaré, à propos de l’espéranto : » j’ai constaté que c’est une langue construite avec intelligence, et qui a une histoire très belle ».

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Retrouvons Peraire, resté encore à Lavardac.

     Jeune adulte,il lit la revue de l’association le SAT.

     L’annonce d’un jeune Allemand propose à un autre utilisateur de l’espéranto d’aller à vélo jusqu’à l’Asie du Sud-Est.

L’idée lui plait. Sa décision est prise. Il partira vers l’Est, Est de l’Europe, Est de l’Asie.

      En juillet 1928, Il entre en Allemagne où il rencontre celui avec qui il voyagera. Il en profite pour voir fonctionner les populations, se heurte à la barrière de la langue, et déjà en Alsace. Il est conscient des difficultés      économiques liées à la crise économique qui se profile.

     Avec son camarade, il traverse l’Autriche, puis la Hongrie et atteignent la Pologne le 16 septembre. Progressivement, ils voient disparaître les voies de communication correctes, et les langues romanes sont remplacées par les langues slaves.

Ils croisent des paysans pauvres mais hospitaliers, des enfants...Ils entrent en contact avec des groupes d’espérantistes au long de leur périple.

     Ils continuent vers l’URSS où ils pénètrent le 12 octobre. Là, il n’existe plus de chemin, il faut rouler sur la voie ferrée.

C’est là que Péraire a une idée se génie : mettre au point un système qui permettrait de rouler à bicyclette sur les rails des voies ferrées.

Les deux voyageurs sont surpris de l’aide apportée par les employés de chemins de fer.

     A Odessa, un correspondant espérantiste les retrouve. La ville est à moitié détruite par la guerre civile. Dans chaque ville où ils passent, ils doivent déposer leur passeport avant de le récupérer au Guépéou et demander chaque jour un permis de séjour. Ils prennent contact avec la population, sont invités dans des clubs, des camps de pionniers, des fédérations sportives, pour parler de leur voyage.

     Ils dépassent Sébastopol.Ils se perdent. Recueillis dans un kolkhoze ( ferme d’Etat), ils rencontrent d’ énormes difficultés pour échanger. Un jeune garçon leur parle espéranto et ils peuvent enfin communiquer.

     Les deux voyageurs doivent se séparer. Lucien va à Moscou pour faire refaire son passeport. Mais l’hiver est très rude. Il doit faire demi tour. Il travaille en attendant le redoux. En avril 1929, un groupe local d’espéranto, l’accueille.

Il quitte Moscou le 22 mai.

     Le 22 juin, il arrive au Tatarstan. Là, il commence à construire son appareil pour voyager à vélo sur les rails. Il y travaille 3 semaines dans un atelier d’Etat. Il se procure les pièces par le biais du marché noir.

     Le 30 juin, il reçoit le premier permis de circulation à vélo sur les rails du Transsibérien. Les journaux japonais et chinois parlent de l’événement.

     En arrivant à Bangkok,il voit des adaptations de son engin. Il est arrêté car il a été pris pour un saboteur, puis relâché.

     Il arrive à Irkousk et veut rentrer en Mandchourie. Mais la guerre est là.

Il est toujours aidé par des espérantistes. Il longe alors le lac Baîkal.

     Il rebrousse chemin car la guerre est là aussi. On lui conseille de revenir en France. Il va jusqu’à Novissibirsk où il obtient un permis de séjour. Le froid est sibérien (c’est le cas de le dire), atteint – 48°. Le jour de Noël, il donne son premier cours d’espéranto.

     Il quitte la ville le 8 mai 1930. Il rentre enfin en Manchourie. Des espérantistes japonais rencontrés l’invitent au Japon.

     Le 5 juillet, il arrive à Vladivostok. Il est le premier homme à être allé sans aide officielle de l’Océan Atlantique au Pacifique. C’est la communauté des personnes qui parlaient l’espéranto qui la aidé.

     Le 26 juillet, Lucien embarque pour le Japon. Aidé de l’espéranto, il est invité à faire l’ouverture du 18° congrès national d’espéranto. Il est reçu de façon somptueuse, visite Tokyo, Osaka, Kobé, Hiroshima…et fait de nombreuses rencontres, de représentants de diverses classes sociales.

     Il décide de partir en Chine. Là, règne le chaos, et on lui déconseille d’y aller. C’est l’époque des « seigneurs de la guerre » qui font régner la terreur, alors que la population souffre de la faim.

     Il veut quitter la Chine, pour l’Indochine. On lui conseille de traverser la frontière par la mer : la frontière est contrôlée par les partisans de Hô Chi Minh, le leader communiste. Il enseigne l’espéranto à l’université.

     Il quitte Canton, le 17 juillet 1931.

     Avant d’entrer en Indochine, il fait la découverte d’un trafic légal de femmes. Les militaires épousent, achètent des femmes pour un temps limité. Ils les abandonnent avec leurs enfants éventuels quand ils regagnent la France : ils n’ont pas le droit de les amener avec eux. Cette pratique se retrouve dans la chanson en apparence légère « la petite Tonkinoise ».

     II revient à Hanoï. Il est accueilli par environ 2000 personnes, et continue vers le sud son périple en Indochine. Il est sensible à la misère du peuple de la colonie française et le dit. Les usages impérialistes le choquent. Il a des difficultés avec l’administration.

Pour l’instant, les villageois manifestent pour avoir du pain, et sont punis à coups de fusil. Peraire trouve regrettable qu’au lieu d’écoles et de dispensaires, l’on ait construit des débits de boissons et de tabac.

     Il tombe malade à Saïgon, reste un long moment à l’hôpital. Malgré ses difficultés avec l’administration, la population l’apprécie. Une grande cérémonie marque son départ.

     L’on dispose de moins de détails pour la suite de son voyage.

     Presque sans ressources, encore malade, il visite les temples d’Angkor au Cambodge, passe par le Siam (actuelle ThaÏlande). Puis il embarque vers Java et Sumatra.

     Il repart encore, en faisant escale à Formose, vers le Japon qu’il quitte le 28 avril 1932, salué par ses amis espérantistes. Il pense que « l’espéranto lui a prouvé qu’une fraternité entre tous les hommes est possible ».

     Il entame son retour, traverse l’Asie, revient en Europe en train et en France. Il est si pauvre qu’il n’a plus de quoi acheter un peu de nourriture. A Paris, son parrain lui donne de quoi se procurer une bicyclette, et il revient à Lavardac, après un voyage de 5 ans.

Sa mère l’accueille par un « te voilà de retour, idiot !

Il reprend aussitôt un travail. Quelques jours plus tard, il est victime d’un grave accident. Il en gardera des séquelles.

     Sa vie est difficile. Il compile ses notes.

      Peraire épouse le 6 mars 1940, à Pessac, en Gironde, Jeanne Sézeau, née à Monflanquin, en Lot et Garonne, de 10 ans son aînée. Un contrat de mariage est établi.

     Il se retire à Saint-Cast-le-Guildo dans les côtes d’Armor.

     Dans le même département, il meurt le 19 novembre 1997, à Lehon .

Où l’on parle encore de Peraire

     Son engin, utilisé sur le Transsibérien, se trouve au musée de Vladivostok.

     En 2006, à Hanoï,a eu lieu une réunion pour fêter le centenaire de la naissance de Peraire. On y a lu certaines de ses lettres qui soutenaient la lutte pour l’indépendance.

Le premier contact entre le Cambodge et l’espéranto s’est produit avec Peraire en 1931, et non en 1979 comme on le pensait.

En 2007, un club Lucien Peraire est né à l’université des langues étrangères de Hanoï.

     Péraire, lors de ses voyages est le témoin-clé de l’évolution politique économique et sociale de nombreux pays. Certains changent de régime politique, ou amorcent des changements, des scissions, comme la Chine ou l’Indochine.

     Il laisse une trace indélébile dans la mémoire de ceux qui ont toujours soutenu son courage, sa tolérance, sa défense de cette nouvelle langue, qu’il a su répandre dans des endroits aussi éloignés que la Chine ou le Japon. On y rencontre encore des clubs d’espéranto. On n’a pas oublié Peraire.

Janine Sestacq.

Remerciements à Mme Demestre, pour son accueil et la documentation prêtée.

 

Jeudi, 25 Octobre 2012 00:00
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